TPAC 2018 et BlendWebMix : une semaine lyonnaise pour Access42

Du 22 au 26 octobre 2018, Audrey Maniez et Sylvie Duchateau ont participé à plusieurs événements à Lyon :

Voici leur retour sur cette semaine très riche.

1. La Technical Plenary Week du W3C (TPAC)

Cet événement regroupe, une fois par an, membres et affiliés du W3C dans un coin du monde. Cette fois-ci, il avait lieu à Lyon au Centre de Congrès.

Pendant 5 jours, les différents groupes de travail du W3C se réunissaient pour échanger de vive voix sur leurs projets.

Habituellement, les discussions se font par réunions téléphoniques, sur des listes de discussions, ou par l’intermédiaire de commentaires sur la plateforme Github.
Cependant, les réunions en présentiel permettent de mieux se connaître et d’avancer plus précisément sur certains projets.

Cette semaine a également permis d’organiser des réunions entre plusieurs groupes afin de trouver des synergies et des axes de travail communs.

Audrey et Sylvie se sont réparti les visites de plusieurs groupes de travail.

Point rapide sur les modalités de participation et les groupes du W3C

Afin de participer aux réunions du TPAC, et notamment aux groupes de travail (Working Group, WG) tels que celui en charge de l’écriture des WCAG AGWG, il est nécessaire d’être membre ou expert invité (invited expert) [1].

Il faut savoir que, depuis quelque temps, le W3C tente de démocratiser ce mode de participation jugé strict (adhésion, participation soumise à condition etc.), et a développé pour cela tout un dispositif beaucoup plus léger.

De ce fait, il existe désormais des groupes communautaires (Community Group, CG) et des business groupes. Ce sont des groupes beaucoup plus ouverts dans leurs formes que les groupes de travail, et tout individu qui juge être suffisamment compétent peut en devenir membre.

L’inscription consistera alors en une simple identification depuis le site du W3C, suivie de l’inscription à la liste de diffusion du groupe. Libre ensuite à vous de participer ou non au groupe, ponctuellement ou régulièrement, activement ou simplement pour vous tenir informé·e [2].

Ainsi, selon votre statut et selon le groupe auquel vous souhaitez assister au TPAC, vous n’avez donc pas le même droit de parole que tout le monde, et c’est normal.

Si vous n’êtes ni membre ni expert invité, vous pouvez demander d’assister aux réunions en tant qu’observateur dans le cadre des groupes de travail et groupes communautaires qui se réunissent au TPAC.

Certains groupes font toutefois exception et n’autorisent que les membres, du fait de la confidentialité de certains échanges. À l’inverse, il est parfois possible de participer à certains groupes communautaires plus souples, même si vous n’en n’êtes pas membre.

Sylvie est membre du groupe de travail Education and Outreach au titre d’experte invitée, et il faut souligner qu’elle est la plus ancienne participante du groupe ! En effet, cela fait plus de 10 ans que Sylvie participe, commente, rédige, et prend part aux réunions hebdomadaires. Lors de cette semaine TPAC, elle a donc assisté aux deux journées de réunion de ce groupe.

Audrey a, pour sa part, picoré à droite à gauche, n’étant ni experte invitée, ni membre d’un groupe de travail. Elle s’est appliquée à apporter sa contribution en tant que collaboratrice au groupe communautaire Auto-WCAG, et elle a rejoint, en tant qu’observatrice, les réunions du groupe de travail WCAG, du groupe communautaire Silver, et de la task force ACT (Accessibility Testing Conformance).

Education and Outreach

Le groupe Education and Outreach (« Éducation et Sensibilisation ») vise à créer des ressources pour sensibiliser et former les acteurs du web aux standards d’accessibilité.

C’est d’ailleurs ce groupe qui est responsable de la rédaction des documents introductifs des différentes spécifications du W3C, tels que les documents WCAG Overview ou encore ARIA Overview. Vous pouvez suivre l’ensemble des travaux du groupe depuis la liste des projets, où il sont classés selon leur état d’avancement.

Lors des échanges au TPAC, il a été question de la mise à jour de ressources existantes et de la production de nouveaux documents. Ainsi, les tutoriels pour rendre le web plus accessible vont être mis à jour pour intégrer des exemples supplémentaires et les nouveaux critères de succès des WCAG 2.1.

De son côté, le document Easy Check sera également mis à jour. Il a pour but de décrire des étapes simples pour évaluer l’accessibilité d’un document web.

Une discussion sur la façon de procéder pour traduire les documents de la WAI (Web Accessibility Initiative) a aussi eu lieu.

Le groupe a eu un certain nombre d’échanges avec d’autres groupes du W3C, tel que celui qui travaille sur les recommandations, le groupe chargé du développement de la spécification ARIA, et le groupe Silver.

Accessibility Guidelines

Le groupe de travail Accessibility Guidelines Working Group (AGWG) s’est réuni pendant deux journées autour de deux principaux sujets : le processus décisionnel au sein du groupe, et la rédaction de techniques pour les nouveaux critères WCAG 2.1.

L’aboutissement de WCAG 2.1 a soulevé des problématiques organisationnelle au sein du groupe. Le TPAC était donc l’occasion de remettre à plat les principes de base, les discuter et envisager des améliorations. Il a notamment été discuté du principe de consensus, pierre angulaire de la démocratie au sein des groupes de travail du W3C.

Il a également été question des projets à venir pour le groupe. Un rapide tour de table a laissé se dégager un avis assez unanime : nous devons terminer d’écrire les techniques WCAG 2.1 avant de se mettre en route pour la nouvelle version des WCAG, pourtant déjà planifiée.

À noter dans vos agendas que la publication du premier document de travail pour WCAG 2.2 est prévue pour février 2020.

D’autres questions ont été soulevées, notamment la complexité de la plateforme Github comme frein à la participation.

En effet, certains membres du groupe de travail ou certains contributeurs potentiels sont empêchés de contribuer de par la forme même de l’outil. Github est en effet un outil très pratique pour des profils développeurs, mais il l’est moins pour des profils non techniques.

Cette question de la contribution centralisée sur Github est une problématique récurrente dans les groupes de travail qui l’utilisent, et tous tentent de mettre en place des processus beaucoup plus légers qui ne conditionnent pas la participation à la maîtrise d’un outil.

Silver

Silver est, au départ, une task force du groupe AGWG [3], mais pour étendre le nombre et le type de participants, la responsable en a également fait un groupe communautaire. Il faut savoir que la responsable de ce groupe n’est autre que Jeanne Spellman, rédactrice d’ATAG 2.0 (Authoring Tool Accessibility Guidelines : règles d’accessibilité pour les outils de création de contenu).

L’objectif de Silver est de mettre au point une nouvelle version majeure des normes d’accessibilité.

Une des particularités de Silver est de vouloir fondre les trois normes d’accessibilité en un seul document  : accessibilité des contenus et des fonctionnalités accessibles aux personnes handicapées (WCAG), accessibilité des agents utilisateurs (UAAG), et accessibilité des outils de création (ATAG).

Un autre objectif majeur de Silver est de rendre l’utilisation des normes d’accessibilité plus simple pour les personnes non formées ou non expertes de la thématique de l’accessibilité. Une solution envisagée consiste à fixer des règles éditoriales afin d’imposer l’écriture en langage simplifié dans toute la documentation Silver.

Vous trouverez le point d’étape du groupe sur le diaporama présenté au groupe de travail AGWG lors du TPAC. La roadmap annonce une publication au statut de « recommandation » (étape finale de maturation d’une spécification) pour fin 2021.

Accessibility Testing Conformance

ACT Rules Format (Accessibility Testing Conformance Rules Format) est une task force du groupe AGWG. Son objectif est d’établir les règles d’écritures qui serviront de base à l’écriture de méthodologie de tests des normes d’accessibilité.

Ainsi, à titre d’implémentation, un groupe communautaire est né : ACT Rules (anciennement Auto-WCAG CG). Ce groupe écrit des règles pour l’évaluation des WCAG, selon les règles d’écriture édictées par la spécification ACT Rules Format.

Demain, un autre groupe pourrait également écrire une méthodologie de test pour évaluer la conformité à ATAG 2.0 par exemple, en utilisant les règles d’écriture définies par ACT Rules Format.

La réunion au TPAC a notamment été l’occasion de mettre au point les éléments nécessaires afin de proposer le document de travail en commission pour l’obtention du statut de candidate recommandation (CR), première étape vers l’officialisation de la recommandation [4].

Bilan

Cette semaine au TPAC a été riche en apprentissages, en rencontres et en émotions.

Le TPAC étant un concentré très dense de savoirs et d’échanges passionnants, il ne faut pas regretter de n’avoir pas tout assimilé, ni tout vu ou entendu.

Les participant·es au TPAC, membres et non membres confondus, sont extrêmement gentil·les et accueillant·es. Même sans être un membre expérimenté, vous serez considéré·e et accueilli·e chaleureusement [5].

Si cela vous tente, le W3C organisera l’année prochaine le TPAC à Fukuoka au Japon.

2. La conférence BlendWebMix

Sylvie Duchateau était invitée par les organisateurs de la conférence BlendWebMix à présenter le rôle de l’accessibilité numérique pour améliorer la participation des personnes handicapées dans la société.

La vidéo de la conférence est désormais disponible en ligne, ainsi que la transcription et le diaporama de cette conférence.

Sylvie a démontré au public que, malgré un dispositif législatif et des technologies d’assistance à la pointe, le manque d’accessibilité des sites web ne facilite pas la participation des personnes aux activités de la société.

Elle a expliqué, à l’aide de mauvais et bons exemples, ce qui freinait l’accessibilité des sites.

Elle a également indiqué ce que les participants pouvaient mettre en place pour remédier à ces situations d’inaccessibilité.

Les questions posées par la salle étaient nombreuses et pertinentes.

Rencontres et expériences

BlendWebMix a été l’occasion de rencontrer un public varié et d’avoir des échanges intéressants avec des personnes qui avaient toutes un degré de connaissance différent de l’accessibilité.

Il est toutefois dommage que la thématique « accessibilité » ait été incluse dans la programmation « design », ce qui ne permettait pas toujours de repérer les interventions relatives à ce sujet.

Lors de sa conférence, Anne-Sophie Tranchet nous a expliqué comment elle s’est reconvertie de développeuse à spécialiste UX. Elle propose une transcription passionnante de son intervention.

Parmi les conférences qui ont retenu notre attention, citons également celle de Laurence Vagner sur la création et évolution d’un guide de style à grande échelle.

Laurence Vagner a expliqué comment a été développé un guide de style pour plus de 200 applications au Parlement européen.

Seule personne au profil UX parmi une équipe de 30 développeurs, Laurence s’est basée sur le tri de cartes afin de développer ce nouveau guide de style.

Les nouveaux templates ont ensuite été audités par une personne aveugle à l’aide de plusieurs lecteurs d’écran et navigateurs. Laurence observait en même temps en utilisant une checklist, basée sur les « quick tips » de la WAI.

Pour chaque composant, un exemple d’implémentation, une démonstration, et des conseils sont mis à disposition des développeurs.

Enfin, une liste de dos and don’t a été constituée afin d’expliquer aux développeurs comment s’adresser aux utilisateurs. Laurence appelle cela la section « voice and tone ».

La mise à jour a duré près de quatre ans, et le constat est que la seule manière d’améliorer les choses est de réaliser sans cesse de nouveaux tests. En conséquence, le code est plus propre, plus clair, et l’ordre des boutons est plus cohérent : les développeurs gagnent du temps et les utilisateurs sont rassurés.

Enfin, pour Sylvie qui est aveugle, la répartition des salles de conférences de Blend sur plusieurs étages a rendu complexe les déplacements d’une salle à l’autre. Mais l’accueil de Blend a été très efficace grâce aux nombreux bénévoles présents et disponibles pour aider et renseigner. Merci à Marie-Cécile Paccard et Bertrand Cochet, ainsi qu’à toute l’équipe.

3. Le meet-up « À la découverte des lecteurs d’écran »

Pour terminer ce périple lyonnais, Sylvie et Audrey étaient invitées par le Microsoft User Group (MUG) de Lyon afin de présenter un atelier d’initiation aux lecteurs d’écran.

Sylvie a tout d’abord présenté le fonctionnement général des lecteurs d’écran et a détaillé leur configuration.

La démonstration s’est ensuite axée sur l’importance des étiquettes de champs de formulaires correctement reliées.

Après un rapide atelier d’utilisation de NVDA, la soirée s’est poursuivie autour de délicieuses pizzas !

Vous trouverez le support de présentation en ligne, ainsi qu’une vidéo de la présentation réalisée par nos hôtes.

Conclusion

Cette semaine lyonnaise aura été riche en nouvelles rencontres et en apprentissages. Que ce soit auprès d’experts avertis ou d’un public plus novice en la matière, l’accessibilité numérique est toujours un sujet qui passionne et qui fait réagir.

Nous sommes ravies d’avoir pu contribuer à ces manifestations de différentes manières : en tant que membres de groupes du W3C, en tant qu’intervenantes, ou en tant que participantes.

C’est finalement cela la clef pour démocratiser l’accessibilité numérique : la rendre visible et s’investir à différents niveaux, pour toucher le plus grand nombre !

Notes

[1La principale différence entre le statut de membre et d’expert invité est l’adhésion de la société au W3C. Si votre société adhère au W3C (et donc paie une cotisation annuelle), vous avez accès au statut de membre. Dans le cas contraire, c’est le statut d’expert invité qui est octroyé. Ce sont ensuite les responsables des groupes de travail, les « chair », qui évaluent votre capacité à les intégrer et vous accordent éventuellement l’autorisation.

[2Quant à la création d’un groupe communautaire, elle est, elle aussi, relativement libre et simple. Tout sujet susceptible d’être formalisé en un document de standardisation peut faire l’objet d’un groupe communautaire. Le groupe communautaire fait en quelque sorte office d’incubateur pour de futurs standards. Ces groupes communautaires ont un double bénéfice : ils permettent d’augmenter le nombre de groupes et de projets en maturation mais aussi le nombre de participants aux projets de standardisation. Ceci a une conséquence directe sur la croissance des standards au W3C.

[3Les task force sont des sous-groupes de travail auxquels sont délégués des sujets majeurs de réflexion, qui ne peuvent se faire au sein même d’un groupe de travail. Ce sont généralement des sujets qui donneront naissance à des publications indépendantes. Vous pouvez en trouver une liste restreinte sur le site de la WAI.

[5Les participations dans les groupes de W3C sont très cadrées, tant au niveau de la compétence que de la capacité des membres à adopter une posture bienveillante avec les autres membres. À noter que le consortium a depuis longtemps établi et fait valoir son code de conduite éthique et professionnel, ainsi qu’une liste de procédures pour la résolution de conflits (dans un document nommé « Environnement de travail positif »).